Uffholtz le 28 octobre

Un dimanche à la campagne

 

article concert

Dimanche 28 octobre. Il pleuvait sur notre campagne alsacienne et les températures commençaient à dégringoler drôlement. L’hiver frappait à nos portes avec un semblant de violences et les premiers frimas se faisaient drôlement sentir et de bien bonne heure. Les dahlias sont morts, les vignes vendangées, les maïs rentrés. Les jardins sont maintenant déserts et l’ont n’y entend plus les cris joyeux d’une prime jeunesse insouciante. L’infini brumeux des horizons moroses nous attend maintenant, celui qui tisse le lourd manteau de l’hiver et fait ralentir le temps dans les chaumières. La nuit s’installait lentement, tout doucement, et la grande paix des hauteurs du « Vieil-Armand » avec elle.

Il faisait froid ce dimanche 28 octobre. Mais pas autant qu’il y a deux cent ans et trois jours, dans les plaines de Russie où nos armes eurent maille à partir avec les Cosaques dans l’affaire de Malojaroslawetz. Heureusement !

En coopération avec le conservateur de « l’abri-mémoire » d’Uffholtz, les grognards avaient été conviés à animer une après-midi concert sur le thème, bien vaste de la musique et l’armée. Oups !

Le comité directeur se tourna vers le seul grenadier du groupe, lequel fait parfois office d’historien et d’animateur, pour étayer entre chaque morceau un pan, une page d’histoire, et faire le lien entre l’histoire des traditions militaires de nos aïeux durant le passé impérial et celle plus républicaine de nos grands-pères, durant la terrible Grande Guerre qui notamment vint frapper aux portes d’Uffholtz qui y conserve un abri pour la mémoire justement. « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir» disait F. FOCH.

La tâche n’était cependant pas simple, presque ardue et le rôle, non préparé. Mais advienne que pourra. Nous avions à jouer et à animer pendant une heure environ. Pour les musiciens, c’était presque facile sous la houlette d’Alain, notre tambour-major qui n’a toujours pas assimiler les commandements militaires du 1er Empire. Les siens font toujours référence à un passé de bidasse, alors qu’il était musicien au 6e R.D.M.C.

Rendez-vous avait été donné vers quinze heures dans notre salle de répétition à Uffholtz. Nous nous sommes tous retrouvés comme tant et tant de fois depuis vingt ans. Le temps de se congratuler, de se saluer et de se changer, nous devions être prêts pour seize heures. Ce que nous fîmes tranquillement tout en conversant avec les uns et les autres, après s’être répandu en hypocoristiques. Pour une fois, nous consentîmes à chausser nos guêtres de circonstances, à savoir les « noirtes ». « Jo ! Got fordami ! Ch’ai oublié mon sapre ! » lança Dominique un peu énervé. C’est vrai qu’il faut encore en prendre l’habitude et que ce n’est que la deuxième fois que nous étions amenés à les porter. Mais quelle classe que de voir nos grenadiers tambours munis de cette arme d’apparat, quand bien même, le porte-sabre en cuir n’est pas exactement celui de la Vieille Garde, n’est pas tout à fait réglementaire.

C’est ainsi vêtu que, peu avant seize heures, nous nous mîmes en rang sous les ordres du colonel Alain de Boeglin Saint Amarin qui levant sa canne bien haute et la rabaissant d’un coup vif, fit mettre en mouvement notre petite troupe sur une vingtaine de mètres. Ensuite, nous dûmes attendre notre fifre féminin devant chez elle, tant qu’à faire. « L’homme est fait pour attendre et la femme pour être inattendue » paraît-il ! Pour moi, si le cheval est la plus noble conquête de l’homme, la femme est la plus noble conquête du cheval.

Sortie de chez elle, enfin, notre fifre prit la place qui lui était dévolue. Puis, comme des pingouins sur la banquise, nous dévalâmes la rue du Ballon, plein sud, en direction de la salle Erasme sise deux cent mètres plus bas. Quelques badauds nous accueillirent sur le perron de la salle et lorsque nous y pénétrâmes, quelle ne fut pas notre surprise de constater que la salle était bien plus pleine que prévue, bondée même. Des gens étaient même debout tant il manquait de chaises. Ca allait être un vrai challenge.

Nous nous mîmes en place et monsieur Vignos, responsable de l’abri-mémoire, nous présenta à la multitude réunie. Et c’était parti ! « Qu’est-ce-qu’une batterie ?… » Notre grenadier fit les présentations et jouant les monsieur Loyal, anima comme il put l’après-midi entre chaque morceau, avec la complicité des musiciens. Et l’après-midi passa. La prestation dura bien plus longtemps que prévu sans que pourtant personne ne donna de signe de fatigue ou d’ennui. C’est que notre grenadier ne parle pas souvent, mais quand il est lancé, les mots, les anecdotes, les références historiques fusent comme des feux d’artifice. Pour une fois, le tambour-major se tint tranquille quant au programme annoncé et attendit que les morceaux fussent déclinés par le monsieur Loyal d’un soir.

Les morceaux se suivirent et ne se ressemblèrent pas. L’ambiance montée doucement et au bout de deux heures de percussions tout de même, vint l’heure de baisser le rideau et de lever les verres. Notre prestation terminée, nous fûmes chaleureusement applaudis par notre public. Puis, vint vers nous, les uns et les autres avec leurs anecdotes personnelles, qui avait un ancêtre dragon, qui était musicien… Monsieur le maire, Jean-Paul Welteren alla saluer également les grognards. Gérard était tellement content que sa bouche faisait des ronds de chapeau. C’était une bien belle petite prestation, chaleureuse à souhait, détendue. Notre public pu communier avec nous et goûter ce que pouvait être, en fermant les yeux, la vie d’un soldat sur le pied de paix comme sur le pied de guerre, alors que les tambours lui indiquaient ce qu’il avait à faire jusqu’à l’avènement de la T.S.F. et du téléphone.

Ensuite, nous nous sommes retrouvés pour justement boire un verre ensemble à l’abri-mémoire et nous remémorer à chaud ce petit concert. « Messieurs ! C’était très bien. C’était très bien !… Vous là-bas, c’était bien. Vous, gnnnnn, comme-ci, comme-ça… »José alias Stanislas Lefort, s’en donnait à cœur-joie. Gérard, occupé à commander les Picons et le coca, restait sourd à ces remarques qui n’atteignent jamais le président lequel avait dans ses prérogatives d’abreuver la troupe et le privilège de s’abreuver lui-même.

Puis, nous retournèrent vers notre salle de répétition où nous changèrent nos uniformes militaires pour nos uniformes civils. Il ne pleuvait plus mais il faisait nuit maintenant et c’est dans le silence que s’achevait cette énième journée des grognards lesquels s’éparpillèrent sous le lourd manteau d’organsin comme ils étaient venus quelques heures auparavant, s’évanouissant comme une fumerolle éphémère.

Campagne

 

 

 

 

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