Stave 20 et 21 avril

Stave by night (Belgique)

Nous étions samedi. C’était la fin d’avril. Une de ces fins d’avril froide et humide d’un hiver qui n’en fini pas de s’achever et dont on attend avec patience, les premiers rayons de soleil qui tardent à se montrer. Comme à son habitude notre grenadier est arrivé le premier sur le parking de Bollwiller. Mais pour une fois il était sept heures du matin. Le bus était déjà prêt et son moteur déjà, tournait.

Pierrot, le chauffeur que nous surnommons « DSK » du fait de la ressemblance, physique, évidente avec le personnage, était déjà à pied d’œuvre. Les soutes étaient ouvertes et n’attendaient que nos bagages. Notre grognard n’avait que l’embarras du choix et s’affaira dés lors à ranger sa petite valise, son fusil et le reste dans le ventre du monstre.

Puis, il profita de l’aube qui, bien que fraîche, lui paraissait belle. Il profitait du calme de ce bout de campagne endormie et suspendait son haleine au pépiement des oiseaux alentours. Le jour s’éveillait comme s’ouvre la fleur, plus parfumée qu’hier. C’est qu’aujourd’hui, tous les grognards prenaient la route, enfin presque tous comme toujours, hélas.

Au bout d’une demi-heure, arriva Pascal et Jean-Maurice, puis José. Tous les autres protagonistes suivirent et se préparèrent pour que ce week-end soit une vraie fête. Pour ça, nous avons le savoir-faire. Déjà, à coup de courriels, l’apéritif avait été prévu pour onze heures trente ainsi que les croissants pour le petit-déjeuner. Le voyage s’annonçait tranquille et il le fut vraiment. Lorsque tout fut chargé, que tous prirent leur place respective au sein de la bête de métal. « DSK » mis la première, relâcha la pédale de gauche, enfin, je veux dire l’embrayage. En cette période électorale, il faut faire attention à ce qu’on écrit ! Le bus s’ébroua et se mut lentement vers l’avant et vers la bande d’asphalte qui relie Bollwiller en Alsace à Stave en Belgique.

Après avoir récupéré Alain à Saint-Amarin et Jean-François à Epinal, nous partîmes à travers les Vosges, si chères à Gérard, et filâmes bon train vers notre destination. Evidemment le premier tours des élections présidentielles occupèrent l’essentiel des premières minutes de nos conversations. Chacun se tenait, et discourait selon ses idées et la version de sa vérité sur les candidats. Deux ou trois croissants, un film, quatre tranches de chorizo, un Ricard ou une bière plus tard, nous arrivâmes au cœur de la Belgique francophone où nous fûmes accueillis par un fantassin de ligne, un « lignard » du début du 1er Empire répondant au nom de Mickael Demison. Nous descendîmes du car pour nous dégourdir les jambes, prendre l’air, saluer et faire connaissance avec notre nouvel ami.

Ce dernier nous conduisit dans une ancienne école de briques attenante au chapiteau sous lequel, résonneraient ce soir les notes des grognards et nous y laissâmes nos instruments et nos tenues. Notre G.O. nous accompagna pour nous indiquer, quelques kilomètres plus loin, le lieu où nous passerions la nuit. C’était un ancien corps de ferme retiré et aménagé en dortoir pour une colonie de vacances. Nous serions au milieu de rien, au calme et où seuls les ronfleurs d’un moment pourront gêner les ronfleurs de plus tard.

Puis nous retournâmes là d’où nous venions et nous nous préparâmes pour notre soirée. Auparavant, un délicieux ragoût qui su ravir nos papilles gourmandes, nous avait été concocté. Nous étions servis par Frédérique et Christelle, cantinières locales, lesquelles étaient aidées par la petite Capucine. Une gorgée de vin de Bordeaux suffit à parfaire notre bonheur. Après ces agapes à n’en plus finir, les zygomatiques détendus et la panse pleine, nous préparâmes notre entrée sous le chapiteau un peu faussement détendus quand même. Il y avait ce soir salle comble, ou plutôt tente pleine (à ne pas confondre avec « tata enceinte ») et il ne fallait pas décevoir quand, tout à coup, avec cet accent inimitable, l’annonce se fit entendre. C’était l’ouverture du bal, des festivités. C’était à nous. « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs ! C’est un grand soir puisque nous accueillons la BGHA…mais je passe le micro au grand, à l’inénarrable, au fantastique, au fantasmagorique Bertrand qui va vous accompagner ce soir, tout au long de ce concert. » C’est sous les cris des pucelles en délire, sous un tonnerre d’applaudissements que notre grognard fit son entrée et déjà les femmes se pâmaient pour un regard jeté, se jetaient à ses pieds à les embrasser comme des reliques. Il faut dire que c’est un vrai Apollon, un Adonis au point que les miroirs tremblent lorsqu’il s’y mire et qu’il est obligé de vivre quasiment reclus, caché. C’est que ce n’est pas facile la vie d’un éphèbe. Puis de sa voix suave et sucrée, il annonça le programme. « Ce soir, chers amis, vous aurez le plaisir de voir et d’entendre les Serge’s et leur numéro de fifre magique, les Christell’s et leur numéro de blonde unique, les Weyer’s et ses pains mémorables, les Waldvogel’s et ses grosses caisses volantes et j’en passe et des meilleurs… Une grande soirée pour vous, mesdames, messieurs» La première partie fut l’apéritif et le hors-d’œuvre. Nous partîmes à la découverte et à la conquête de notre public avec nos morceaux modernes dont « Le train » de M. Masson, une de nos spécialités maintenant.

C’est un de mes morceaux fétiches et le public ne s’y est pas trompé. Il était déjà sous le charme lorsque vint la pause et que nous pûmes nous retirer un peu et reposer nos poignets. Vingt à trente minutes plus tard, nous reprîmes place mais cette fois dans notre bel uniforme de grenadier de la Vieille Garde qu’éclairaient les chaudes lumières de la scène.

A notre entrée, l’émerveillement des plus petits et peut-être l’envie des plus anciens furent marqués par des « Hooo ! » et des « Haaa ! ». A ce propos, connaissez-vous la différence entre « Hooo ! » et « Haaa ! » ? *(voir à la fin de l’article) Pour cette seconde partie, notre répertoire Empire termina de sublimer nos auditeurs le tout rehausser de quelques explications historiques qu’amenait à propos notre grenadier assisté de Christelle. Evidemment, il fallut que notre tambour-major fasse des siennes pour la deuxième fois, au lieu de se laisser guider par notre monsieur Loyal d’un soir. Ca énerve notre grenadier mais qu’importe, il s’adapte et c’était la fête. Mais c’est à croire qu’il le fait exprès. Notre président également, un moment, se la joua perso et se tricota pendant quelques secondes avec ses baguettes, un joli pull pour l’hiver prochain. L’émotion sans doute ! Mais ils feront quand même quatre jours d’arrêts de rigueur, l’un comme l’autre. Heureusement, les grognards se connaissent depuis bien longtemps et savent s’adapter voire improviser pour que la partition puisse revenir à ce qu’elle doit être.

Les minutes s’allongèrent et tirèrent jusque tard dans la nuit. Nos amis belges étaient chauffés à blanc sur leur banc. « Ca vous plait ? » « OUIIIII ! » « Je n’entends pas ! Ca vous plait ? » Ce à quoi répondaient des applaudissements enthousiastes. C’était une bien belle soirée, pleine de chaleur et d’humanité. Nous, nous étions heureux d’avoir tant donné pour voir dans le regard de nos auditeurs tant de remerciements auxquels se mêlait parfois un soupçon d’admiration.

Puis la fête s’estompa et la nuit couvrit de son manteau d’organsin les tumultes qui agitèrent notre chapiteau. Nous laissâmes nos instruments sur place et prîmes le chemin de notre dortoir sous un ciel étonnement clair et étoilé. Dans le car, à l’abri des regards, c’était l’heure des règlements de compte. «Mais qu’est-ce qui s’est passé… » « T’as joué comme un pied ce soir ! » « Vous, là-bas, c’était bien ! Vous, gnnnnaaaa, comme-ci comme-ça ! Dîtes-moi, vous, on ne vous entend jamais ! Faites attention ! Faites très attention ! …» Nous ferons encore mieux la prochaine fois, assurément. Arrivés dans notre dortoir, nous prîmes possession de notre nuit et nous laissâmes sombrer dans les bras de Morphée sans plus demander notre reste et commençâmes à accumuler les stères. (suite après) Le lendemain matin, à l’aube, une panne de chauffe-eau sans doute, nous firent faire presque à tous, une toilette de chat. Puis, nous pliâmes bagages et retournèrent dans notre école où le petit-déjeuner nous attendait. Croissants, petits-pains, café, lait, pain frais, tout y étaient. José après s’être régalé, régla quelques détails avec notre état-major. Nous répétâmes tranquillement et nous attendîmes le moment de nous produire de nouveau.

A onze heures trente, nous reprîmes place sur notre scène pour offrir un dernier petit concert, jeté presque à « l’improvisade » (j’aime bien ce mot que j’emprunte à Rostand NDLA) pour une petite demi-heure. Les morceaux se succédèrent et nos auditeurs attendaient qui « Mexicana », qui « Le train » qu’ils venaient d’entendre la veille. Au dernier coup de baguette, nous vîmes arriver un vénérable monsieur, Roger de son prénom, ridé jusqu’au bout des doigts et dont le regard humide et la voix tremblante trahissaient une émotion sincère. Il nous expliqua que son grand-père avait été tambour et je pense que ce matin, nous sûmes le toucher personnellement et dûmes le replonger dans les souvenirs de son enfance. Cher Roger, nous fûmes très sensibles à tes compliments et c’est à toi que je dédie cet article.

Pour terminer, nous nous commençâmes à nous sustenter autour d’une grande tablée. Nous commentâmes notre week-end et nous pûmes enfin, nous laisser aller. Nous devions lever le camp vers quatorze heures et, rarement, nous rentrâmes de si bonne heure et de si loin. Avant de partir, nous saluâmes chaleureusement Christelle et Frédérique pour le temps qu’elles nous consacrèrent. Puis nous rentrâmes, laissant derrière nous cette terre wallonne, l’un de plus ancien village du comté de Namur et, confiant nos existences avec un peu de méfiance à « DSK », nous roulâmes vers notre nuit alsacienne la tête pleine de souvenirs et de sourires.

(* :5cm.)

Campagne

 

 

 

 

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