Drusenheim 17 avril

…Echo de Campagne…


La Garde et la Légion – « Camerone » à Drusenheim

Passé et présent s’étaient donné rendez-vous pour la commémoration traditionnelle, chère au cœur de la Légion Etrangère, de l’affaire de Camerone. Pour résumer l’Histoire, Camerone est une hacienda sise au Mexique. Là-bas l’empereur Napoléon III envoya des troupes pour y soutenir un dessein politique plus ou moins fumeux. Toujours est-il que la toute jeune Légion Etrangère, créée en 1831 par le roi Louis-Philippe 1er y trouva ses lettres de noblesse dans la plus pure tradition des armes françaises.

Le capitaine Danjou fait jurer à ses hommes de ne pas se rendre. La fumée au plafond ne provient de l’incendie qui sera allumé dans l’après-midi seulement mais est dégagée par les fusils. Par Pierre Bénigni

Une escouade de légionnaires aux ordres du capitaine DANJOU protégeait un convoi. Elle fut prise à partie par des forces mexicaines disproportionnées et se réfugia dans l’hacienda pour faire face aux quelques milliers de soldats mexicains. Elle soutint les assauts répétés des mexicains jusqu’à ce qu’il ne resta plus que cinq hommes valides et cinq cartouches. Plus de trois cents adversaires gisaient déjà au soleil et autant furent mis hors de combat. Dos au mur, les cinq légionnaires mirent baïonnette au canon et chargèrent les troupes qui avaient investi l’hacienda tuant encore quelques-uns, trois sur les cinq soldats tombèrent encore quand un lieutenant fit cesser le feu et ordonna aux survivants de se rendre. « Nous ne nous rendrons que si vous nous permettez de secourir nos blessés et de garder nos armes ! » Dit l’un des légionnaires. Ce à quoi il lui fut répondu : « A des hommes comme vous, on ne peut rien refuser ! »

Sacrifice inutile ? Non. Le convoi et sa précieuse cargaison avaient du coup été sauvés. De là naîtra la légende de Camerone et le serment de la Légion.

La prothèse de main en bois du capitaine Jean DANJOU est conservée comme la Relique à Aubagne. Cet esprit de sacrifice et d’abnégation propre au fantassin français depuis l’Antiquité, pouvait se confondre avec l’esprit de dévouement, l’esprit combatif et ce souci de perfection et d’humanité qui était propre à la Vieille Garde.

Alors nous prîmes le chemin de Drusenheim dans le 67, à l’invitation de monsieur Dietrich ZIELONKA, président de l’Amicale des Anciens de la Légion Etrangère du Bas-Rhin et pour une fois, on vint me chercher chez moi. L’effectif était allégé et Dédé conduisait un autre car. Le nôtre avait été vendu avec une partie de nos souvenirs. Je retrouvais avec plaisir Cynthia, Christelle, Thierry, Jean-Maurice, Michel et tous les autres et m’enorgueillissait de les amener pour cette prestation patriotique et festive.

A l’arrivée, nous prîmes possession de nos quartiers dans une sorte de remise encombrée de tables et de chaises mais nous nous en accommodâmes.

Puis nous nous mîmes en tenue et descendîmes rendre un hommage aux monuments aux morts. Nous y arrivâmes martiaux et fiers, et étonnâmes l’assemblée de militaires français mais aussi allemands. Nous prîmes place au côté d’un piquet d’honneur dépêché par le Fort de Nogent. Ceux-là étaient vrais. Nous, nous jouions la comédie, faisions semblant, en ayant l’apparence du souvenir.

Nous donnâmes un apéritif-concert et ainsi un aperçu de notre savoir-faire devant 200 à 300 convives, officiers d’active, sous-officiers et hommes du rang, des anciens bardés de médaille, des élus et des amis.

On nous offrit, au milieu des convives, un magnifique repas. Mais tout d’abord, conformément à la tradition de la Légion, il fallait faire « poussière ». Cela consiste à boire ensemble un fond de verre de vin d’une traite pour « nettoyer le gosier » en souvenir des campagnes ou la soif a tenaillé tous les légionnaires.

Puis, nous co-animâmes avec une charmante chanteuse et son musicien de compagnon la soirée. Pour une fois nous inversâmes notre prestation et nous nous présentâmes dés le début de la soirée en grande tenue pour servir les classiques morceaux d’ordonnance de l’Empire.

Notre grenadier prit le micro et expliqua pourquoi telle sonnerie, pourquoi telle autre sur un programme improvisé. « Le réveil au bivouac », « le rigodon d’honneur », « Au champ » et d’autres, vinrent ponctuer les accents des peaux de nos tambours.

Pour les jeunes militaires venus principalement de l’Est de l’Europe, c’était une autre découverte de nos traditions militaires. Peut-être que dans leur tête, se remémorèrent-ils quelques images des livres d’histoire de leur enfance, relatives à l’invasion de leur pays par les troupes françaises et de la sévère défaite infligée à nos armes qui suivit. Il y a plus de canons de l’Empire à Moscou qu’aux Invalides. Tout cela est tellement loin !

Un dernier ra de cinq, un dernier moulin cédèrent le pas aux applaudissements qui, à leur tour se turent pour un concert de couverts en fourchette majeur auquel se mêlaient les chants et les danses de ceux qui occupaient la piste.

En aparté, notre belle Christelle, notre sublime Christelle fut sélectionnée pour l’élection de « Miss képi blanc ». Il s’agissait de choisir parmi un panel de neuf candidates celle qui était sensée être la plus belle d’entre les belles. Bien sûr nous votâmes comme un seul homme pour notre cantinière mais le nombre de petits bâtons, bien que conséquent, ne fut pas suffisant. Hélas ! Qu’à cela ne tienne, ce n’est rien. Ô cantinière des cantinières ! Sainte Christelle de l’immatriculée contraception ! Ô Sainte Christelle des machines agricoles, tu restes pour nous, l’égérie de nos cœurs et l’emblème de nos couleurs allant, comme l’arc-en-ciel, du rouge de ton cœur au bleu du ciel qui se reflète dans tes yeux. Si tu n’as pas été « Miss képi blanc », tu restes notre « miss bonnet à poil ». (Il faudrait peut-être penser à mettre une page centrale dépliante dans la gazette NDLR).

Bref ! Après cet événement torride, un peu plus tard, nous reprîmes nos instruments et offrîmes un parcours plus contemporain à nos auditeurs d’un soir. Outre « Mexicana », la « Valse des tambours » et des tas d’autres morceaux, pour la première fois en public, nous jouâmes tous ensemble un morceau intitulé « Le train » de Martial MASSON, garde

républicain de son état. Nous nous étions posé la question de savoir s’il fallait ou non le jouer. Quelques-uns uns d’entre nous n’étaient pas sûrs d’eux. Et bien franchement, j’ai adoré. Fermant les yeux, on eut pu voir les rails défiler sous nos pieds, les aiguillages heurter les bogies donnant ce rythme syncopé si caractéristique. C’était superbe !

Autour de moi, la surprise était totale. Cette soirée a plu, en a étonné et surpris plus d’un. Tant mieux ! Nous, nous avons été heureux et fiers d’apporter un peu de cette Histoire si chère à ces hommes venus de tous horizons dans le courant des politiques mondiales, chercher une idée, un refuge, une famille, au sein de cette arme que nous envie le monde entier et que les Américains voulurent copier sans y parvenir. C’est qu’il y a un esprit particulier chez nous que n’ont pas je pense, les Anglo-saxons.

Ce soir vous avez étonné et depuis, je m’en fais l’écho, on parle de la BGHA dans nombre d’amicales d’anciens légionnaires. Ces vieux soldats pour qui l’amitié, le devoir et les trois couleurs ne sont pas de vains mots ou de vains symboles et qui, pour la plupart, servirent la France sans perdre ni leur identité, ni leur racine.

Avant de clore ce chapitre, je voudrais saluer bien fraternellement les caporaux-chefs Jérôme et Pascal qui de par leur amitié, j’ose le croire, permirent notamment cette si belle soirée.

Campagne

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