Notre concert

Notre concert du Xxe

 

Samedi 26 novembre, 14 heures. Cette fois, nous sommes au pied du mur. Les Gardes sont arrivés et ont été pris en charge par Jean-François qui les a conduits à leur hôtel. Le camion de matériel est là aussi et on commence à décharger les instruments. La scène est vide et la salle nous paraît immense. J’ose croire que certains d’entre nous ont un nœud dans l’estomac et c’est bien normal.

Tout doit être parfait. Moi, je regarde et j’observe les allées et venues. Eric VIAL est arrivé. Il est notre présentateur d’un soir. C’est un pro. J’observe particulièrement José qui ne laisse rien paraître. Je les admire, moi, le pisse-copie du groupe. On règle les derniers détails. Pour ce qui est de la musique, il n’y a plus rien à faire mais tout est dans la boîte.

14 heures 15. La musique de la Police suisse arrive et prend contact avec la très belle salle de Sausheim. Je discute avec Pierre-Jean, le boss. Il est sur un petit nuage, fier d’avoir une telle.  A travers sa voix, je sens une passion pour le spectacle. Ca court, ça s’agite. On cherche une clé que l’on a donnée à x qui l’a donnée à y.

Le capitaine LE BLAY fait sa générale et règle ses mouvements de scène. Il est suivi par Rodrigo DA SILVA, le chef électrique de nos amis suisses. Les dernières instructions sont données. L’heure tourne et la tension monte.

José, dans un ultime effort, veut encore régler les déplacements de la partie empire. Moi je répète mon texte dans ma tête, composé pour l’occasion. Je veux leur apporter le meilleur de moi-même. Je le faisais déjà en début d’après-midi pendant pratiquement une heure entière dans les vestiaires, seul, à haute voix. Les mots doivent être clairs, la voix sereine et paisible. Je m’y efforce et m’y énerve.

Puis, il est temps de se restaurer Une grande salle attenante à la salle de concert, a été transformée en salle à manger. Nous y pénétrons et nous laissons porter par ces tables dignes d’un banquet. Non, nous n’avons lésiné sur rien pour que nos hôtes prestigieux se sentent bien. Serveur en livrée et gants blancs ; c’est la classe. Au menu un succulent « baeckeofe », Alsace oblige, servi dans des terrines individuelles, pinot noir et Gewurtz ou eau de source locale. La salle est claire et l’ambiance à la fête mais le sérieux est de mise. La concentration reste totale. Le chef de cuisine fait une apparition remarquée. Grand sourire, toque, veste et un très sympathique petit embonpoint nous confirment que la maison et la cuisine sont bonnes.

Nous discutons les uns les autres plus intimement. On s’intéresse à la police en Suisse et à la gendarmerie en France.  On plaisante et les jeunesses insouciantes sont belles. Elles nous réconcilient avec l’humanité.

Moi, j’observe au travers des fenêtres, la lumière qui décline, le crépuscule qui tombe. Des silhouettes se dessinent dans l’obscurité naissante. Le public commence à arriver. Déjà. « Bon, je vais m’habiller ! » Dis-je à Jean-Maurice, mon voisin et ami.

Avec Christian et d’autres reconstitueurs, nous allons accueillir notre public pendant près d’une heure en tenue du 1er Empire. Les portes de l’espace Dollfuss s’ouvrent. « Demandez le programme ! » « Bienvenue madame ! » « Bonsoir Monsieur ! » Christian, impérial en lieutenant des grenadiers se sert de son charme et de sa bonhomie naturelle pour que déjà soit séduit le public avant même qu’il ne soit assis.

Pour faire patienter avant le lever de rideau, Christophe a concocté pendant des dizaines d’heures, un superbe diaporama relatant l’histoire de notre groupe à travers 20 ans de photographies et présentant chacun d’entre nous. Les images défilent et le public s’installe.

Dans les coulisses, ça s’agite fébrilement. Pour nous, c’est pantalon noir et T-Shirt blanc brodé. La garde se met en grande tenue et la musique suisse est déjà en uniforme notamment les cornemuses. L’heure H, la minute M arrive ! La salle est comble. Le rideau est toujours fermé.

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« Mesdames, mesdemoiselles, messieurs. C’est une soirée exceptionnelle qui va vous être présentée ce soir… » Eric VIAL vient de lancer la machine. Les mèches sont allumées et les mots fusent déjà. Gérard en tant que président présente le tambour et la BGHA. La 1ère Dame est dans la salle. Derrière le rideau, on ne pense plus à rien et la concentration est à son maximum.

20 heures 30. On y est. Le rideau s’ouvre et José frappe quatre coups avec ses baguettes. L’explosion est immédiate et « Farvagny » de R.BARRAS ouvre le bal suivi de « 100% BGHA » composé par Alex.

         

En guise d’intermède, Anne-Catherine occupe la scène accompagnée par Gérard et pendant qu’on s’affaire comme au cirque à débarrasser la cage aux fauves ou le matériel des équilibristes, c’est un petit air léger de fifre qui apporte un peu de fraîcheur au milieu de toutes ces percussions. Comme tu avais raison Gérard !

Moi, j’observe depuis les coulisses et déjà, je suis ravi, conquis. Je sais que cette soirée est déjà un succès et je suis heureux pour mes chers grognards alsaciens. Ils jouent s’affairent comme une mécanique bien réglée, bien huilée.

        

Le petit fifre chante, frêle et gracile, suivit de Japan sur d’énormes tambours chinois.

La salle en a plein les oreilles.

Elle est tétanisée.

On lui offre un voyage dans le temps, au temps de la vapeur, qu’accentuent des effets de fumée et, en arrière plan, un autre superbe diaporama réalisé par Jean-François.

« La deppennette », «La Ballade de gym » de José .

« La marche paisible » d’Alex vont clore ce premier tableau sous déjà des applaudissements nourris.

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Le rideau se referme et Eric prend son micro pendant que la Garde républicaine en grande tenue, casque rutilant à crinière rouge et uniforme impeccable, vient occuper l’espace scénique.

Sous les feux de la rampe, c’est toute la magie de nos traditions, de nos couleurs, de notre Histoire, qui s’offrent à Sausheim ce soir. L’enchantement est immédiat, palpable, physique. Nous étions l’apéritif, et voilà le hors-d’œuvre.

    

Le capitaine LE BLAY est magnifique et il le sait, j’en suis sûr malgré sa gentillesse et sa modestie. Sa main se lève et les militaires obéissent comme un seul homme. Troupe de renommée mondiale, si chère au cœur de Jean-Maurice qui ne raterait pas un défilé parisien du 14 juillet, ils sont venus ce soir pour nous et nous sommes, depuis les côtés cour et jardin, sous le charme.

C’est indiscutable. « Cavalerie de la Garde » de Gossez, « L’Amazone » et « L’enclume » de Causy font que la salle, notre salle, entre en communion. Les éclairages de scène tapissent les lourds rideaux latéraux de nos couleurs nationales tellement à propos. Moi, j’ai une pensée pour notre ami, Jean-Pierre DORCHENE, qui, en musicien accompli et en mélomane, écoute et qui doit être heureux sincèrement et simplement.

« Les trompettes d’Aïda » de Verdi viennent ensuite clore ce 2e et magnifique tableau que nous ont offert ces virtuoses, les seuls au monde à jouer en montant à cheval au trot.

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Enfin, avant l’entracte, c’est la baguette de Rodrigo CARNEIRO DA SILVA qui va diriger la fanfare de la police suisse. Rodrigo est une sommité dans le domaine musical.

Il est originaire de Jaboatao dos Guararapes-Pernambuco au Brésil, (ça, ça ne s’invente pas !).

En 2004, il a étudié à Sao Paulo au conservatoire de musique de Tatui avec Edson Beltrami. Titulaire de très nombreux et prestigieux prix, la fanfare de la police jurassienne est entre les mains d’un véritable Maestro qui respire, pense, mange et dort musique.

   

Et ça va se sentir de suite avec des pièces très modernes dont « I will follow Him » du célèbre film « Sister Act ». Enfin c’est sur « 79th farewell to Gibraltar » que va s’ouvrir l’entracte.

Tout comme le public, les musiciens vont s’octroyer une brève pause avant d’entamer la seconde partie qu’ouvrira la police suisse poursuivant son élan. « Saint louis blues marsch », le célébrissime « Amazing grace », « Danse avec les loups » laisserons planer les notes des cornemuses en grande tenue comme des souvenirs, des rengaines obsédantes auxquelles «Brazil » apportera un parfum d’insouciance tout droit venu de Rio et de son carnaval.

      

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Puis, ça continue. Le rideau se ferme et, alors que la scène se démonte et se remonte, un garde républicain explique les attributs de son régiment : la crinière, le casque, le cheval, les traditions, le temps que ses collègues prennent place cette fois pour jouer assis des pièces plus classiques, moins martiales, où les cors aux accents de Mozart auront la part belle. L’occasion d’admirer la virtuosité d’un tout jeune adjoint de Gendarmerie d’une vingtaine d’années. Sous la conduite de leur capitaine, les gardes nous montrent leur immense savoir-faire et se succèdent les solos des uns et des autres à la trompette ou la flûte irlandaise. C’est un régal pour les oreilles. Le minutes s’envolent et la poésie reste. Moi, j’observe depuis le côté jardin les mille détails de cette soirée. Je sais déjà que Gérard, José, Jean-François… tous, vous pourrez être fiers de ce que vous avez fait. A la dernière note de « Palomino » le capitaine LE BLAY, la main au chef, salue son public et se referme le rideau.

    

     

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La scène, une ultime fois, se débarrasse et les grognards sont déjà en grande tenue derrière le public. Je le sais. Eric invite le sergent « Schnaps » de l’artillerie de la Garde impériale afin qu’il présente un peu les uniformes impériaux présents ce soir dont un magnifique général brigade au bicorne à plumes blanches indiquant qu’il y a deux cents ans, il disposerait d’un commandement en chef.

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Le silence se fait bref et notre grenadier prend le micro. C’est notre heure, celle de la batterie du 1er grenadiers à pied de la Vieille Garde, celle des « vieilles moustaches », cette Vieille Garde qui appartient à notre mémoire collective. Les mots partent comme des coups de canon de derrière le lourd rideau de scène. « 1789. Après trois années de disette, le peuple de Paris a faim. Il s’arme. Si le 14 juillet…etc. » et je sens qu’arrive « Le pas cadencé des sans-culottes ». La découverte des bonnets d’ours, des hautes silhouettes et de ces uniformes chamarrés sous les éclairages travaillés de la salle fait son effet. Les fifres accompagnent les tambours martiaux et tous jouent jusqu’à être en place sur scène à travers cette immense salle. C’est magnifique. Notre grenadier y va de son petit mot entre chaque morceau, d’une anecdote et explique brièvement ceci ou cela rendant hommage à, notamment, Charles GOURDIN, tambour-major de la Garde républicaine de la fin du XIXe et qui ressuscita en quelque sorte les batteries de l’Empire. Deux airs d’ordonnance, « Le pas redoublé » et « Le pas cadencé » viennent nous rappeler que le tambour transmettait les ordres.

     

Au cœur de ce tableau, un « Dragon de Noailles » a capella vient se poser comme une bulle flottant dans l’air. C’est que ce Rhin nous est cher à nous, Alsaciens. Combien de fois nos pères l’ont traversé pour ne plus jamais revenir ? Ce faisant nous leur rendons un hommage solennel et vibrant de toutes nos cordes vocales. Notre public le sait et ne s’y trompe pas. L’émotion monte.

Poursuivant, je sens Alain devenir fébrile, mettre en place pour « la valse des tambours » alors que nous devons jouer « la boiteuse ». Une seconde de flottement qui paraît une éternité. Notre grenadier se reprend et « la boiteuse » est lancée quand même. A l’avant-dernier morceau, notre tambour-major veut remercier José et offre un petit présent de notre part à tous à « Gérard DEPPEN » qui devient du coup « président-directeur-technique » sans doute… L’émotion mais rien ne transparaît ! Nous terminons notre tableau par notre célèbre escarmouche au tambour et à la baguette. C’est un de mes morceaux favoris et je ne me lasse pas d’apprécier la surprise de nos auditeurs lors de la dernière mesure poussée dans un grand et ultime cri.

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Sous un tonnerre d’applaudissements, nous restons sur scène et sommes rejoints par les autres formations pour l’apothéose, le bouquet final. La musique est un langage international et nous, nous avons l’honneur d’être dirigés par Rodrigo « le policier » et par Jacques « le gendarme ». Il y a des moments comme ça dans nos vies, des minutes qui comptent bien plus que toutes les autres et qui font simplement que la vie vaille d’être vécue.

Alors nous offrons ensemble un air intitulé « Commandant » puis et surtout un « Highland cathedrale » qui restera dans toutes les mémoires. José, à l’honneur, entame un court solo au « tambour écossais » suivi par Yannick le chef cornemuse. Puis entrent les tambours et tous les autres musiciens. C’est un feu d’artifice qu’amplifient nos tambours français au son si particulier, si grave, et les trompettes de la Garde terriblement soutenues par les cornemuses suisses. C’est à pleurer d’une émotion qu’a du mal à contenir dans son uniforme notre vieux grenadier au garde-à-vous et que saluera une « standing ovation » spontanée suivie d’un bis insistant que nous n’avions pas prévu, pauvres amateurs que nous sommes.

 

 

 Merci à tous pour ces moments d’exception.

 Campagne

 

 

 

 

 

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